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Déclaration de Tanger 2015

Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI 

MEDays 2015

Le Forum du Sud

"Des Chocs à la Co-émergence"

8ème Déclaration de Tanger

 

 

Excellences, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

 

Nous sommes réunis pour clôturer la huitième édition du Forum international MEDays, tenue sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste.

Tanger, carrefour des civilisations, à la confluence de l'Afrique et de l'Europe, de la Méditerranée et de l'Atlantique, a eu le privilège d'accueillir, ces quatre derniers jours, des leaders du monde entier venus apporter une contribution au dialogue international et aux enjeux économiques, sociaux, environnementaux, sécuritaires et politiques auxquels le monde est confronté.

Mais je m’adresse à vous en des heures plus sombres. Aux interminables attaques contre la quiétude de citoyens innocents, au Liban, au Yémen, en Irak, en Syrie, au Mali, en Libye, en Algérie, au Cameroun, au Tchad, au Nigeria et au Niger, s’ajoute depuis hier le drame inqualifiable de Paris. Et cela quand nous débattions lors de ce Forum, des voies et moyens d’œuvrer à un monde de paix, de stabilité et d’avancées sociétales et économiques.

A la lumière des attaques horribles qui ont eu lieu à Paris et à Beyrouth, j'aimerais exprimer en notre nom à tous, notre solidarité profonde avec la France et le Liban ainsi qu’avec ceux qui ont été touchés par la barbarie.

Ces actes terroristes abominables constituent à la fois une attaque contre l'humanité et un défi pour l'humanité. Personne n’est à l’abri. Personne ne se sauvera seul. Personne ne doit être indifférent.

Notre civilisation est en péril et la solution passe par une mobilisation collective et permanente jusqu’à ce que la bête soit abattue.

Ce n’est rien d’insurmontable mais nous devons prendre la juste mesure des périls encourus.

Car, nous assistons ces dernières années à une configuration inédite : la création d'un pseudo Etat terroriste, la dislocation de pays et la multiplication d'actes terroristes contre des civils et des innocents loin des zones de guerre.

La montée du terrorisme inquiète et tourmente, mais doit surtout nous rappeler une réalité fondamentale : le terrorisme se nourrit dans le lit de la pauvreté, de l'exclusion et du manque d'éducation.

Dans un monde de plus en plus interdépendant, il semble aujourd'hui indispensable que la communauté internationale se mobilise davantage pour résoudre un par un, ces maux : ils sont une entrave rédhibitoire pour l'émergence du monde dont nous rêvons tous.

Un monde où nul ne sera tué pour ses opinions, sa religion, sa différence. Un monde dont la diversité sera le plus précieux capital. Un monde où l’on peut prier dans les mosquées, les synagogues et les églises, sans craindre une attaque-suicide, ou les rafales de ceux qui se revendiquant de l’Islam desservent au plus haut point cette religion de paix, d’amour et de tolérance.

En disant cela, nous affirmons qu’il n’y a aucune civilisation, aucune religion à clouer au pilori. Nous devons nous distancer des jugements à l’emporte-pièce souvent tenus contre l’Islam. Et d’ailleurs, nous le disions ce matin : ce sont les musulmans qui meurent le plus. Ce sont eux qui paient le plus lourd tribut à l’extrémisme.

Mes propos alors sont de dire qu’au-delà d'une lutte sans relâche contre toutes les formes d'extrémisme et de radicalisme, qu’au-delà d'une mobilisation internationale renforcée pour un rapide retour à la normalité dans les pays gangrenés par le terrorisme, nous devons poursuivre avec détermination nos efforts pour le progrès social et économique.

Un monde meilleur où règnent les valeurs humanistes est possible, si et seulement si nous nous en donnons les moyens. Faisons le choix de croire en cette Humanité commune qui nous rassemble. Faisons le choix de croire en ce concept que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a élevé au niveau d’un contrat social, d’une charte contre les extrémismes, incarné dans le concept de la lutte contre le radicalisme violent à travers la mise en avant des préceptes d’un Islam tolérant et ouvert.

Chers participants,

Le Rwanda que nous avons honoré durant cette huitième édition est un bel exemple de transition. Voici un pays qui a connu un génocide et la guerre civile il y a 20 ans, qui occupe aujourd'hui les premières places africaines dans les classements internationaux. Le Président Paul Kagamé, a insisté à juste titre durant la cérémonie d'ouverture sur l'importance de la paix et de la stabilité pour assurer la prospérité tout en rappelant que la réalisation de la sécurité est tributaire d'une gouvernance inclusive et d'une participation effective des citoyens au processus de développement des États.

Nous avons également le plaisir, d’accueillir, son Excellence Mohamed Bazoum, Ministre d’Etat du Niger, de ce Niger volontariste, engagé depuis cinq ans dans un Programme de Renaissance dont les résultats élogieux, sous la conduite et l’inspiration du Président Issoufou sont salués partout et prouvent que la condition sahélienne n’est nullement une fatalité.

Oui MEDays le « Forum du Sud » est fier de l’Afrique qui mise sur l’excellence. Oui, nous sommes demandeurs de ces pays qui savent que l’Afrique des performances exige le sérieux et le leadership.

Nous aurions voulu vous garder encore avec nous, intervenants et participants. Vous tous, vous vous êtes surpassés pour faire de ce forum le succès qu’il a été. Mais tout finit et aux termes de ces quatre journées de dialogue autour de la thématique générale "Des Chocs à la Co-Emergence", la présente déclaration est rendue publique :

Considérant le chaos engendré par la montée de Daesh et l'instabilité qui règne dans plusieurs pays de la région Afrique du Nord-Moyen Orient, et qui s'est propagée dans le reste du monde ;

Considérant le contexte économique international qui reste difficile avec une croissance qui peine à s'installer et des chocs financiers récurrents ;

Considérant la nécessité d’un rééquilibrage des instances de gouvernance des institutions internationales en faveur d’une meilleure représentativité des pays émergents ;

Considérant les risques liés au réchauffement climatique pour la sécurité alimentaire et la protection de l’environnement à l’aune de la COP 21 à Paris et de la COP 22 à Marrakech.

Entendues les positions et les propositions des éminents intervenants invités, le Forum MEDays émet les 15 recommandations suivantes :

 

I - Recommandations sur la sécurité collective:

1- Nous appelons la Communauté Internationale, en particulier les pays qui ont une responsabilité importante dans la préservation de la paix et de la sécurité dans le monde, à accroître les efforts pour un meilleur vivre ensemble et à œuvrer dans les prochains jours pour une solution inclusive et pérenne à la crise libyenne. Il est essentiel et urgent de maintenir la confiance aux Nations Unies et au Dialogue de Skhirat, malgré le retard pris dans la mise en place d’un Gouvernement libyen d’Union Nationale, regroupant toutes les composantes de la Nation libyenne.

2- Nous appelons l’Europe à ne pas reculer face à ses responsabilités. Ni la crise économique, ni le malaise social, ni la peur ne doivent laisser le champ libre aux extrémismes et au terrorisme. La guerre contre le terrorisme doit être totale. Le populisme, la stigmatisation et les débats stériles et contreproductifs font le jeu de ceux qui cherchent à semer la terreur.

3- Nous appelons à la résolution du conflit israélo-palestinien avec comme solution deux Etats viables dans les frontières de 1967. Aujourd’hui, il n’existe pas (ou plus) de plan de paix et les interlocuteurs semblent être inconciliables. La défragmentation des pays des « Printemps Arabes » et la situation de chaos dans plusieurs pays de la Région, ne doivent aucunement constituer un alibi pour la Communauté Internationale pour se détourner de la question Palestinienne.

4- Nous rappelons la nécessité de mettre en œuvre au Sahel, un mécanisme de consultation et d'échange d'informations ainsi qu’un mécanisme d'alerte précoce pour lutter efficacement contre la porosité des frontières et contre les trafics en tous genres (drogue, armes et êtres humains).

 

II- Recommandations en matière de développement socio-économique :


5- Nous appelons à accroître les mécanismes de soutien à l'entrepreneuriat en Afrique, en particulier aux start-ups et aux jeunes créateurs d'entreprise. L’émergence du continent se construit également à travers la crédibilisation d’une marque « Afrique » innovante et d’un « Made in Africa » compétitif.

6- Nous appelons à la multiplication des échanges internationaux et au transfert de savoir-faire dans le domaine de l'éducation, enjeu majeur des pays en voie de développement.

7- Nous encourageons l’intégration économique régionale, notamment sur le continent africain, à travers la libre circulation et la mise en œuvre de stratégies sectorielles et territoriales intégrées. Dans ce sens, nous appelons à la signature d'accords de libre-échange entre les pays d'Afrique du Nord, en particulier le Maroc, avec l'UEMOA, la CEMAC et la CAE.

8- Nous soutenons le lancement de l’“Espace Nord-Ouest africain“. Cette organisation doit pouvoir, au moment où la « Tricontinentale » reliant le Caire au Cap, devient une réalité, réunir le Maroc à la CEDEAO et la CEEAC. Construite sur modèle de coopération multidimensionnel, cette organisation ne devra pas se cantonner seulement à la création d’une zone de libre-échange. Ce futur espace doit être une plateforme et un cadre approprié pour faire face aux défis liés à la cohésion sociale, à la mobilité des personnes, au développement durable, au changement climatique à l’interconnexion logistique et à la sécurité collective. Sur le plan économique, l’organisation doit pouvoir apporter des solutions concrètes aux problématiques qui touchent directement au bien-être des populations et donc au développement humain : santé, sécurité alimentaire, accès à l’énergie (renouvelable et fossile) et gestion de l’eau.

9- Nous appelons à une mobilisation internationale pour développer les infrastructures en Afrique et à encourager le Fonds Africa 50. Par ailleurs, nous soutenons la création d’un véhicule d’investissement marocain dédié à l’Afrique, qui est aujourd’hui plus que jamais nécessaire, du fait de la multiplication des projets et des investissements des entreprises nationales sur le continent. Il est donc primordial de pouvoir pérenniser le financement des entreprises marocaines présentes en Afrique, tout en permettant d’accélérer leurs plans de développement sur le continent en les dotant d’une vision stratégique adaptée et cohérente.

 

III- Recommandations en matière de gouvernance internationale :

 

10- Nous rappelons l’urgence de la réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU afin d’assurer plus de représentativité des nouvelles puissances régionales.

11- Nous saluons la tenue du Sommet UE - Afrique de La Valette sur la migration et rappelons la nécessité de solutions mutuellement acceptables et bénéfiques. Nous rappelons la position du Royaume du Maroc en faveur d’un l’implémentation d’un modèle de gouvernance qui articule, de manière partagée et coordonnée, les multiples facettes de la migration liées aussi bien à la mobilité, à l'urgence humanitaire, à la lutte contre l'immigration irrégulière, au co-développement et à l'intégration des migrants.

12- Nous insistons sur la nécessaire relance de l'Union du Maghreb Arabe (UMA). Nous appelons, une nouvelle fois l’Algérie à la raison en l’invitant à reprendre avec le Royaume du Maroc les consultations sectorielles et les échanges ministériels, en vue de la réouverture des frontières terrestres.

 

IV- Recommandations en matière d'environnement et développement durable :

 

13- Nous recommandons la mise en place d'une institution mondiale chargée du contrôle du respect des traités environnementaux en réformant le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et en le dotant d’un organe coercitif dédié à la sécurité environnementale.

14- Nous appelons, dans l'esprit de l' « Appel de Tanger » lancé le 20 septembre dernier par SM le Roi Mohammed VI et le Président français François Hollande, les pays développés à préciser le soutien financier qu’ils apportent déjà et apporteront dans les prochaines années, afin d’atteindre l’objectif de mobiliser 100 milliards de dollars, à compter de 2020, de sources publiques et privées, en faveur d’actions de lutte contre le changement climatique dans les pays en développement.

15- Nous appelons à aborder la problématique du changement climatique sous l’angle du développement durable et de la promotion de l’efficacité comme le précise « l'Appel de Tanger », il conviendrait d’accorder la même importance à l’adaptation aux impacts du changement climatique et à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

 

J’aimerais terminer par cet adage africain repris lors de la cérémonie d'ouverture par Monsieur Ma Biao Ministre Vice-Président du Comité Consultatif National de l'Assemblée Politique Populaire de Chine. « Seul nous allons plus vite, ensemble nous allons plus loin ».

C’est tout l’esprit que nous avons souhaité donner à cette 8ème édition du forum international MEDays, tenue sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI.

 

Fait à Tanger, le Samedi 14 Novembre 2015